35 heures : distinguer le vrai du faux

Publié le par Parti Socialiste de Narbonne

 

      Veille, argumentaires, riposte

24 novembre 2011

 

 

35 heures : distinguer le vrai du faux

 


Le Président sortant est aujourd'hui détenteur du triple D comme Déficits : Déficits des

comptes publics, Déficits de croissance, D'emploi, de pouvoir d'achat, et Déficit de

compétitivité.

 

Plutôt que d'assumer son bilan et d'admettre son échec, la droite met en cause ses

prédécesseurs – qui ont quitté les responsabilités en 2002 – et accuse, une fois de plus, les 35

heures – sans doute y a-t-il bientôt des élections en France...

 

Sur les 35 heures mises en place il y a plus de dix ans et parce que leur bilan est positif, aux

caricatures de la droite, nous opposons les faits précis et les chiffres incontestables.

 

 

« Les 35 heures ont créé des emplois ». VRAI


Grâce aux 35 heures, aux emplois jeunes et à une bonne gestion de la croissance, la France a

créé chaque année, entre 1997 et 2002, plus d’emplois que pendant les « Trente glorieuses ».

 

Selon Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE, la croissance ne peut à elle seule expliquer tous

les postes créés à la fin des années 1990 et début 2000, au contraire de ce que dit la droite. Les

35 heures ont permis de créer 145 000 emplois en 2000 puis 80 000 emplois environ en

2001. Selon une étude de l’INSEE, l’emploi des entreprises passées à 35 heures a augmenté

de 9,9% par rapport à celles restées à 39 heures. Au total, c’est plus de 350 000 postes qui ont

été créés sur la période 1998-2002, sans déséquilibre financier apparent pour les entreprises.

 

La période 1998-2002 est celle où l’emploi salarié a le plus progressé. Il a augmenté de 2%

en moyenne annuelle sur cette période, au lieu de 0,7% de 1990 à 1997 puis seulement de

0,5% à partir de 2003. Alors que la conjoncture économique était proche de celle des autres

pays européens, les créations d’emplois ont été plus importantes que dans les autres pays.

Selon Eurostat, le taux de création d’emplois entre 1999 et 2001 a été de 50% plus élevé

en France que dans les autres pays européens (2,5% par an sur cette période contre 1,6%).

Par contre, la France créait deux fois moins d’emplois auparavant : 0,4% entre 1995 et 1998

contre 0,8% en moyenne dans les autres pays.

 

 

« Les 35 heures coûtent cher » FAUX


La RTT ayant exercé très rapidement ses effets sur l’emploi, et donc sur les recettes fiscales et

sociales qui en résultent, le coût du passage aux 35 heures pour les finances publiques a été

relativement faible. En effet, les sommes allouées aux aides à la RTT sont en grande partie

compensées par les retours sur les finances sociales et publiques (baisse des dépenses

d’indemnisation du chômage, hausse des recettes fiscales et sociales suite à la création

d’emplois). La création à minima de 350 000 emplois correspond à une rentrée de 4

milliards d’euros de cotisations supplémentaires.

 

Le coût annuel des allègements de cotisations représente par contre 8 milliards pour les

allègements « JUPPE » et « DE ROBIEN », qui ont créé à peine 7.000 emplois. Les

allègements Fillon atteignent quant à eux 17 milliards en 2005, soit près de deux fois plus que

les 35 heures. En outre, Les 35 heures n’ont pas empêché le déficit public et la dette de se

réduire entre 1998 et 2002.

 

 

« Les 35 heures rendent la France moins compétitive » FAUX

 

Les données de la Banque de France montrent que le passage aux 35 heures s’est accompagné

d’une amélioration de la compétitivité de la France de 1998 à 2003 vis-à-vis de 46 pays

partenaires. Ceci traduit notamment par une amélioration du solde commercial, ce qui n’est

plus le cas dans les années suivantes, au contraire.

 

Enfin, l’analyse des investissements étrangers établit clairement la compétitivité de la France.

Les 35 heures n’ont pas empêché la France de continuer d’attirer les investissements

étrangers. Elle devient en 2002 la deuxième terre d’accueil des capitaux étrangers et

depuis se situe en moyenne au 3ème rang mondial, derrière les Etats-Unis et la Chine. Le flux

d’investissement étranger est passé de 20 milliards d’euros en 1997 à 38 milliards en

moyenne entre 1998 et 2002, avec un pic à 56 milliards en 2001, alors qu’ils n’atteignent que

61 milliards en 2005. C’est donc sous le gouvernement Jospin que les investissements

directs étrangers (IDE) ont le plus augmenté.

 

 

«Les 35 heures affectent la productivité de la France » FAUX

 

L’analyse des données disponibles contredit totalement cette critique. Les gains de

productivité horaire ont ainsi été de l’ordre de 4% à 5%. La valeur ajoutée dégagée par

les entreprises passées à 35 heures ne s’est pas réduite par rapport à celles restées à 39 heures.

 

Selon une étude de l’INSEE de 2004, la réduction du temps de travail n’a pas provoqué de

coûts salariaux supplémentaires pour les entreprises. La réorganisation du travail qui a permis

de dégager des gains de productivité et les allègements de cotisations sociales qui ont

accompagné le passage aux 35 heures expliquent cela.

 

Une étude de la DARES pointe également les gains de productivité issus d’une plus grande

flexibilité du temps de travail qui a suivi la RTT. Selon l’enquête menée, 57% des salariés

signalent des durées hebdomadaires de travail variables selon les périodes contre 45% en

l’absence de RTT.

 

Contrairement aux mensonges de la droite, les Français ne travaillent pas moins que leurs

voisins. Le temps de travail moyen réel en France est de 41 heures par semaine, ce qui est très

proche de la moyenne européenne (41,9) et supérieur à de nombreux pays (Pays-Bas, Irlande,

Danemark…).

 

Si l’on regarde les statistiques fournies par Eurostat, la productivité en France est supérieure à

celle de l’Union Européenne. En base 100 pour l’UE à 15, la France obtient par heure de

travail une productivité de 119,9 en 2006, contre 111,2 pour l’Allemagne et 90,5 pour le

Royaume-Uni et par personne occupée 121,4 en 2008 contre 104,3 pour l’Allemagne et 109,4

pour le Royaume-Uni.

 

 

« Les 35 heures ont pesé sur le pouvoir d’achat » FAUX

 

Les années 1998-2002 sont celles d’une croissance retrouvée du pouvoir d’achat, de 2,6%

en moyenne annuelle par unité de consommation sur la période, et qui est depuis nettement

inférieure (1,3% en moyenne annuelle pour 2003- 2007). Cette période correspond également

à celle d’un redressement de la part des salaires dans la valeur ajoutée des sociétés non

financières, qui passe de 63,5% en 1998 à 65,6% en 2002. La reprise des salaires se traduit

par une hausse de leur part dans le revenu disponible brut des ménages, ce qui n’est plus le

cas par la suite.

Le recul du chômage qui a suivi a en retour amélioré le rapport de forces au profit des

syndicats et contribué au redressement des salaires. Les salaires ont donc progressé sur la

période, peut-être de façon insuffisante, mais leur progression a été plus forte que lors des

périodes précédentes et suivantes. La croissance salariale de cette période contraste avec la

modération qui a suivi, surtout pour les plus modestes.

 

 

« Les Français sont prêts à renoncer aux 35 heures afin de travailler plus pour gagner

plus. » FAUX

 

Les Français sont très attachés aux 35 heures qui leur ont permis de pouvoir mieux conjuguer

vie personnelle et vie professionnelle. Toutes les catégories de salariés soutiennent

majoritairement les 35 heures, y compris les ouvriers (55%) et les employés (58%), de

même que les cadres (60%) ou les professions intermédiaires (58%) selon un récent sondage

de l’institut BVA.

 

 

« Avec les 35h, les Français travaillent moins que les autres ». FAUX

La réduction du temps de travail est une tendance générale parmi les pays occidentaux. Les

Français ont une durée hebdomadaire moyenne du travail supérieure à celle de leurs voisins :

38 heures en France en 2009 contre 35,7 h en Allemagne, 36,3 heures en Suède, 36,6 heures

au Royaume-Uni et 30,6 heures aux Pays-Bas. Même lorsque l’on prend en compte les

congés, la durée annuelle du travail en France (1 550 heures) était supérieure à celle de

l’Allemagne (1 390 heures) en 2009.

 

 

«Les 35 heures ont permis de limiter le développement du temps partiel et donc de la

précarité en France. » VRAI

La proportion d’emplois à temps partiel est beaucoup plus élevée dans d’autres pays

européens (48% aux Pays-Bas, 28% en Allemagne et au Royaume-Uni) qu’en France (17%).

C’est notamment lié aux 35 heures qui ont stabilisé le recours au temps partiel en France alors

qu’il augmentait dans les autres pays.

 

 

« Les entreprises attendent la fin des 35 heures. » FAUX

En dépit des nombreuses interventions législatives visant à donner la possibilité aux

entreprises de revenir sur les 35h, celles-ci n'ont pas souhaité remettre en cause les accords

collectifs signés à l’époque : aucune branche professionnelle ne s’est engagée dans une

refonte globale de l'organisation du travail sur la base des flexibilités offertes par la loi du 20

août 2008.

Publié dans Présidentielles 2012

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